Pour se faire une idée claire du Party textuel qu’il nous suffise de lire le communiqué de presse émis par la Centrale textuelle de Saint-Ubald le 11 juin 1986 :
Une vingtaine d’ordinateurs envahissent un champ... Un débarquement culturel international impliquant 19 pays dont la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, le Togo, Madagascar, la Colombie, le Brésil, les U.S.A. mais aussi la Chine et le Japon. Un chantier de travail démesuré : à vol d’oiseau, une pomme immense (100m de diamètre) labourée en pleine campagne. Et, au centre de cette figure, une cinquantaine de jeunes auteurs [et d’illustrateurs] croquent cette image à pleine poésie, jour et nuit... 19 recueils de poésie illustrés y seront produits par ordinateur en moins d’une semaine. Une production totale de 1 000 livres destinés à une diffusion nationale et internationale.
Ceci n’est pas une fiction : pendant six jours, du coucher du soleil au lever de la lune, sans interruption, une équipe d’auteurs (des étudiantes et étudiants du collège François-Xavier-Garneau) travaillant en tandem avec des illustrateurs ont réalisé une série de recueils dont la conception et la production sont entièrement informatisées. Curieux rapprochement de l’herbe verte des grands pâturages et des ordinateurs qui s’y installent ; clin-d’œil également à Apple Computer. Mais surtout, réponses à tous les inquiets qui croient que la sensibilité artistique se voit menacée par la machine informatisée. Ici, l’émotion ne peut être autre chose qu’une posture de corps en plein été, les doigts rivés au clavier et l’inconscient barbottant dans des fichiers lexicaux dictés par 19 groupes de correspondants internationaux. Une logistique impressionnante : une équipe responsable du séjour et des installations de base (Murray CARON), une équipe d’auteurs (Jean-Yves FRÉCHETTE), une équipe d’illustrateurs (Réal BOUCHARD) et une équipe d’informaticiens (Raymond HAMEL) que dirige leur responsable respectif. Au bout de tout, un lancement collectif de livres d’artistes (le rsultat du devoir quoi !), une dizaine en tout, reproduisant les textes et les illustrations de chacun des tandems avec la thématique du pays choisi. En résumé, un Party pédagogique total, une défonce d'apprentissage quoi, dans la perspective d’une fusion généralisée des arts d’expression (écriture, dessin, programmation, performance, édition). Bref, une parfaite adéquation de la forme et du contenu là où le plaisir s’abouche à la pomme...
Voilà sans doute un délire pédagogique raisonné qui, au-delà des réformes, invite l'école à prendre la Clef des champs (André BRETON). |