Le 17 mars 2002


Et si Montignac avait raison?

 

L'obésité, le mal des temps modernes. Un facteur de risque majeur pour le diabète et les maladies cardiaques. L'Organisation mondiale de la Santé parle même d'épidémie mondiale. Chez nous, au Canada, 8 millions d'individus, près de 25% de la population affichent un excès de poids. Michel Montignac n'est donc pas le seul à s'inquiéter :

« On a augmenté le taux d'obésité de 766 % depuis le début du siècle, aux États-Unis. Il n'y a pas un seul pays au monde où on n'a pas appliqué avec autant de rigueur les principes diététiques recommandés. C'est un échec total. »

- Michel Montignac


En 1998, l'équipe de Découverte avait présenté un reportage sur la méthode Montignac : une recherche faite par un groupe de Québec. Les chercheurs viennent de publier la deuxième tranche de leurs travaux. Découverte les a de nouveau rencontrés. Des résultats surprenants...



 



Je mange donc je maigris...

1986. Première implication de Michel Montignac dans le domaine de l'alimentation : un livre au titre provocateur : «Je mange donc je maigris». Un livre qui suscite beaucoup de controverse dans le milieu. L'auteur y apporte un regard neuf sur le problème de l'obésité galopante. Pour lui, l'ennemi, ce ne sont pas les gras, mais les sucres, les glucides. Ce qui englobe tous les aliments contenant des glucides, même insoupçonnés : pommes de terre, farine blanche, sucres raffinés. Tous ne semblent pas sucrés! Pour le mesurer, une échelle : l'index glycémique. Un concept déjà connu depuis 1981.

Plus un sucre a un index glycémique élevé, plus la quantité de glucose, libérée dans le sang après le repas, sera élevée.

 

 


«Je crois que la clé, ça été de remettre en cause ce qui nous avait été appris. Et je crois que c'est la difficulté aujourd'hui que certains professionnels ont. Le concept des index glycémiques, c'est un concept révolutionnaire.»,

«Et ce que je propose, c'est simplement la synthèse de choses qui existent. Je n'ai jamais inventé rien de particulier.»

- Michel Montignac

 

 

Donc, manger Montignac c'est... Éviter les sucres, les glucides à index glycémique élevé; choisir les bons gras; favoriser les aliments contenant des fibres.

Le Dr Jean Dumesnil, cardiologue, est fidèle à la méthode Montignac depuis plus de cinq ans. Les premiers six mois, il a perdu 21 kg. Depuis, il se maintient. Pour cela, il ne doit jamais perdre de vue les index glycémiques :

«Salade de patates? J'évite ça ... À proscrire! De la dinde? C'est une viande qui est très maigre, beaucoup de protéines, pas de glucides», affirme-t-il.





Pour le Dr Dumesnil, un des atouts de la méthode Montignac : on mange à sa faim. Pas de restriction dans les quantités, fini le creux d'estomac qui mine la volonté!

Suivre la méthode Montignac, c'est bien. Mais Jean Dumesnil a voulu aller plus loin, a voulu comprendre pourquoi cette méthode fonctionne. Il y a quelques années, il s'est associé à deux chercheurs de l'Université Laval : Angelo Tremblay et son équipe, pour établir le protocole alimentaire, et le Dr Jean-Pierre Desprès pour bien évaluer les effets métaboliques de la méthode Montignac. Ils ont comparé la méthode Montignac à la diète de l'American Heart Association. Une expérience de trois semaines avec douze volontaires, tous avec un important surplus de poids. Or, les premiers résultats sont surprenants...


1999 : Des résultats surprenants

* Avec Montignac, même quand on mange à sa faim, on maigrit et on consomme moins de calories. 700 de moins par jour.

* Première conclusion des chercheurs rendue public il y a quatre ans : le «Je mange donc je maigris» de Montignac serait fondé.



Mais les chercheurs ont voulu aussi connaître les effets de ces deux régimes sur la santé. Pour ce faire, ils ont prélevé du sang à différents moments de la journée. Trois éléments sont testés : le glucose, l'insuline, les lipides. Un trio impliqué à la fois dans les maladies cardiaques et dans le diabète de type-2. (* Dans le diabète de type-2, il y a trop d'insuline. Dans le type-1, au contraire, l'insuline fait totalement défaut).

 

La dernière étape de leur recherche vient d'être publiée...


1- LE GLUCOSE ET L'INSULINE:


* La courbe rouge représente le régime Montignac, l'autre celui de l'American Heart Association.

Le glucose: Au petit déjeuner, les deux régimes libèrent beaucoup de glucose, de sucre dans le sang. Les pics se comparent. Mais pour les deux autres repas, la méthode Montignac en libère beaucoup moins.


L'insuline: elle a pour rôle de maintenir constant le taux de glucose dans le sang. Même pour le petit déjeuner, les repas Montignac stimulent moins la production d'insuline. Pour les deux autres repas, la différence est encore plus accentuée.

Moins de glucose et moins d'insuline dans le sang. Est-ce si important?


«Le rôle de l'insuline est de faire entrer l'énergie dans les tissus. Suite à un repas, votre pancréas libère l'insuline dans le sang avec les sucres et les gras. Normalement, cette insuline-là interagira avec votre muscle, en frappant à sa porte pour dire "il y a de l'énergie". Il faut donc que le sucre et le gras que vous avez consommés soient captés ou utilisés par les muscles»
, explique le Dr Jean-Pierre Després.

Mais quand les muscles sont gavés de sucre, ils refusent d'obéir à l'insuline. Aucun sucre ne peut y entrer. Les tissus deviennent insulino-résistants : le pancréas s'énerve, produit plus d'insuline, puis l'organisme se dérègle, devient hyperinsulinimique.

« Chez les gens qui sont hyperinsulinimiques et dont les tissus ne répondent plus, l'insuline agit mal. Le pancréas doit travailler plus fort et secréter des quantités encore plus abondantes d'insuline pour normaliser les taux de sucres (...) pour que l'énergie entre dans le muscle»,

- explique le Dr Jean-Pierre Després.

 

Quand le taux de sucre dans le sang augmente pour cause d'inefficacité de l'insuline, on souffre du diabète de type-2.


2- LES TRIGLYCÉRIDES :

Un dernier joueur moins connu est testé : les triglycérides, qui sont en fait tous les gras que l'on mange, animal ou végétal. Or, on comprend mal encore leur rôle exact. Chose certaine, trop de triglycérides dans le sang ce n'est pas de bon augure : «J'explique souvent aux médecins de famille que c'est un voyant rouge que vous avez sur votre tableau de bord qui dit que votre métabolisme ne fonctionne pas bien (...) il y a toutes sortes d'anomalies qu'on va rencontrer qui vont accélérer l'athérosclérose et aussi augmenter le risque d'infarctus du myocarde», explique le Dr Després.

Or, comme l'indique le Dr Dumesnil, la méthode Montignac montre aussi des résultats positifs pour les triglycérides: «Pour le bilan lipidique, après six jours, il n'y a que la méthode Montignac qui baisse de façon significative les triglycérides».

 



Des résultats excellents, mais à court terme...

Un doute subsiste... Trois semaines pour une recherche, c'est court! Actuellement, pour le long terme, une seule donnée existe, soit celle du bilan lipidique personnel du Dr Dumesnil, réalisée sur cinq ans d'observation:


« Quand je montre mon bilan à des collègues ou à d'autres personnes, ils sont tous renversés parce qu'eux non plus n'ont jamais vu un tel effet d'un régime»,
- le Dr Jean Dumesnil.

«J'étais hypercholestérolémique et je prenais des médicaments comme traitement avant de suivre la méthode Montignac. J'avais eu une certaine amélioration de mon bilan mais après avoir suivi la méthode j'ai eu une amélioration encore beaucoup plus considérable et sur des paramètres que les médicaments n'avaient pas modifiés», affirme-t-il.


*L'utilisation de la méthode Montignac pendant cinq ans démontre que le taux de triglycérides a diminué de 35 %.

 

Voyons ce bilan (tableau à droite) : les triglycérides ont passé de 1,83 à 1,16, tandis que le cholestérol, de 4,38 à 2,50. Après cinq ans, la diminution des triglycérides se compare donc à celle de la recherche étalée sur trois semaines : 35%. Une donnée supplémentaire : le ratio cholestérol, dont la baisse atteint 55%.



Ces résultats viendraient donc conforter le credo de Michel Montignac : l'index glycémique est un passeport pour la santé. À son sommet : «le top-10», ceux qui libèrent le plus de sucre. «Moi je mets la barre à 50. Je ne mange pas de glucides qui ont un index glycémique au-dessus de 50 (...) Ce que je sais c'est qu'à 50 ça fonctionne», indique le Dr Dumesnil.

L'index glycémique de Montignac:
le Top 10 des aliments les plus sucrés...

110 Bière

100 Glucose

95 Pomme de terre au four

95 Pomme de terre frite

95 Farine de riz

95 Amidons modifiés

90 Purée de pommes de terre

90 Chips

85 Miel

85 Pain blanc (hamburger)

 

Mais cette méfiance face aux sucres est nouvelle, peu répandue. Car depuis 30 ans, le mot d'ordre de L'American Heart Association et de Santé Canada, est très clair : il faut réduire notre consommation de gras. Résultat : On a réduit les lipides mais on consomme de plus en plus de sucre.

 





« L'exemple le plus éloquent, c'est le yaourt qui contient 25 gr de sucre. Alors vous consommez ça en pensant : il est à teneur réduite en gras, donc ça va être bon pour ma santé. Or, vous avez là un arrivage de sucre important. Et si vous êtes quelqu'un qui a cette obésité abdominale et que vous êtes hypertriglycéridique, le foie transformera tout ce sucre-là en triglycéride»,

- le Dr Jean-Pierre Després.



« Vous pouvez avoir des sacs de chips marqués sans gras, sans cholestérol. Or, des chips ce sont des pommes de terre avec un pouvoir sucrant énorme, un index glycémique élevé. Ce qui fait que l'on a peut-être réglé le problème des graisses, mais on a amplifié le problème des sucres»,

- le Dr Jean Dumesnil.


Changer l'ordre des choses…. Oui mais comment?


«Le jour où tous les consommateurs réclameront des produits fait d'une certaine manière, je pense que l'industrie agro-alimentaire suivra», affirme Michel Montignac.